Comme un poisson hors de l’eau

TITRE : Comme un poisson hors de l’eau

AUTEUR : Oscar Hijuelos

Quelques lectures ont réellement changé ma manière de voir certains aspects de la vie. Il y a eu Alabama Moon, Le chemin de sable, mais rien ne pouvait me préparer à ce qui se cachait dans le roman Comme un poisson hors de l’eau. Je connaissais déjà l’auteur pour avoir lu The Mambo Kings Play Songs of Love, roman adulte qui lui a valu le prix Pulitzer en 1990. C’est d’ailleurs le premier auteur hispanique né en sol américain à obtenir ce prix prestigieux.

Préparez-vous à un récit pour jeunes adultes qui vous marquera à jamais. Peut-être que, comme moi, vous vous attacherez à ces personnages vachement authentiques provenant de différentes sphères sociales et culturelles.

Tout d’abord, une définition. Dark Dude : « À Harlem, entre 1965 et 1970, les personnes de couleur méprisaient souvent les hommes noirs au teint clair; à cause de ce teint, une personne pouvait même être considérée comme suspecte, surtout dans le cadre d’un délit ou d’un crime. On se moquait également de tous ceux qui n’avaient pas la culture de la rue. Les mêmes quolibets affectaient les personnes blanches qui n’étaient pas considérées comme branchées. On les traitait de Dark Dudes : de drôles de zèbres, en quelque sorte. Dans le ghetto, cette expression désignait également l’étranger, le paria. »

C’est l’histoire de Rico Fuentes, jeune cubano-américain de 15 ans au début du récit. Père alcolo, mère méprisante qui n’a jamais un bon mot pour son fils. C’est, sans contredit, le plus pâle des cubanos qui n’ait jamais existé sur la planète. Il nous livre son histoire, la commençant ainsi : « Ma mère était brune à la peau couleur cannelle, presque café con leche. Idem pour ma petite soeur, Isabel. Mon père avait des cheveux noirs ondulés et des yeux bruns. Puis il y avait moi. Yeux noisette, cheveux blonds, peau claire, et des taches de rousseur par-dessus le marché. Je me fais agresser tellement souvent que j’aimerais pouvoir porter un masque, comme un super-héros, pour qu’on me laisse tranquille. » En fait, Rico ressemble beaucoup à son arrière-grand-père, un Irlandais!

À New York, Rico mène une vie plutôt moche. Par contre, il y a son meilleur pote, son grand frère, Gilberto, 18 ans, poteux. Ce dernier vient de gagner une somme très intéressante à la loto. Avec son gain, il quittera le milieu des junkies pour étudier au Milton College, dans le Wisconsin. Son départ attristera beaucoup Rico.

Il y a aussi Jimmy, 17 ans, poteux (eh oui, ça revient souvent!), au père violent, mais qui démontre un énorme talent de dessinateur. D’ailleurs, Rico et lui pensent créer une BD ensemble, histoire de changer leur vie pour le mieux. Ce projet sera source d’espoir, mais aussi de conflits.

Le quotidien de Rico à l’école est des plus nuls. Au collège, sur Columbus Avenue, la drogue et la violence sont rois. Les élèves sont fouillés à leur entrée, et voilà qu’un beau jour une fusillade éclate… une autre, plutôt! Puis arrive cet affront avec les Blacks : « Je continuai à marcher sans répondre. Son poing m’atteignit sur le côté de la tête. Un coup rempli de haine. Puis un deuxième type me décocha un direct qui me renversa par terre. Et pendant que j’étais allongé sur le trottoir, un troisième me bourra les côtes de coups de pied, comme s’il avait décidé de les casser. L’un d’entre eux me fouilla et prit mon portefeuille, qui contenait ma carte de bus, ma carte du lycée et quatre dollars. Un autre piétina mes lunettes, les réduisant en miettes. » Sa mère lui en voudra de devoir débourser 10 dollars pour les remplacer… je ne commenterai pas.

Décidément, Rico n’est bien nulle part. Il ne se considère pas. Gilberto est parti et voilà que Jimmy devient accro à la coke et à l’héroïne. Rico est inquiet. Lui, comme tous dans le quartier, connaissent trop bien le milieu sombre et tordu des junkies : « Je pensais à tous ces gars que j’avais connus et qu’on avait retrouvés morts dans des toilettes minables, une aiguille encore plantée dans le bras. Et je n’arrivais pas à oublier le gamin du lycée ce matin, son regard stupéfait et ses Converse qui tressautaient dans tous les sens… »

Après que Jimmy se soit presque tué en s’immolant accidentellement (complètement défoncé à l’héro, il s’est assoupi une cigarette au bec!) et que l’incident fasse atterrir Rico au commissariat, son père décide de l’envoyer dans une académie militaire en Floride. Celle-ci est gérée par l’oncle de Rico, Pepe, ancien Marine. Comme je l’aurais fait, Rico se dit no way!

En faisant du pouce, lui et Jimmy décident de se rendre chez Gilberto. Ce dernier vient de se procurer une chouette ferme dans le Wisconsin. Le trajet sera ponctué de rencontres étranges, étonnantes, pas toujours cool disons! Rico se dit que cette nouvelle vie saura remettre sur pied Jimmy et lui, il aura enfin sa liberté!

Au Wisconsin, Rico et Jimmy feront la rencontre des autres occupants de la ferme, sorte d’auberge espagnole hippie. Ça sent le pot à grandeur mes amis dans cette ferme! Plutôt charmante, mais quelque chose craint : pas de toilettes! Que des latrines… qu’il faut vider chaque trimestre. Au fil des semaines, Rico devient un peu hippie : lunettes à la John Lennon et cheveux longs… qu’est-ce que sa mère dirait? Ce qu’on s’en moque!

Parfois, cependant, il s’ennuie : « Je me retrouvais sur la véranda de Gilberto, avec des champs qui s’étalaient à l’infini devant moi, et me demandais ce que je foutais là… Récapitulons : moi, fils de Cubains, Blanc, et fugueur, je zonais dans la ferme de mon copain portoricain au beau milieu du pays du maïs. En plein Wisconsin. » Son amour des livres (surtout de Huckleberry Finn) l’aide un peu à combattre le cafard. Il se dit pourtant : comme à Rome, faisons comme les Romains. Rico devient alors pompiste de nuit à une station-service. De son côté, Gilberto cultive de la pure herbe du Wisconsin

Le quotidien de Rico changera considérablement lorsqu’il fera la rencontre de Sharon à la fête foraine (seul amusement dans ce coin de pays, à part boire, fumer et s’inventer une vie). Les deux se lient rapidement d’amitié, voire un peu plus, mais Rico sent que cette charmante Américaine cache une douleur. Son doute se confirme lors d’un échange téléphonique : « Elle ne termina pas sa phrase, car il y eut soudain un grand raffut à l’autre bout du fil, comme si quelqu’un frappait sur une porte en criant. C’était bizarre. Puis j’entendis un fracas et le téléphone dut tomber par terre, car la communication fut coupée. » En effet, le père de Sharon est un soulard (Rico connaît bien cette situation). Pire encore, puisqu’il est le procureur du tribunal de Janesville, il est intouchable, au-dessus de toute critique ou tout reproche… bel imbécile, pour rester poli!

Six mois passent et c’est la nuit de Noël. Gilberto réussit à convaincre Rico de téléphoner à sa famille. Rico appelle sa mère après une très longue absence… coup de fil qu’il risque de regretter amèrement (je ne peux quand même pas tout dévoiler!).

Ensuite, une terrible agression (je ne peux penser à un mot assez fort pour représenter cette attaque complètement gratuite!) à la station-service changera bien des choses pour Rico… mais un retour à New York est-il possible? Et est-ce vraiment une solution favorable?

Bon, j’arrête ici! Ouf! Je sais que c’est long, mais comment résumer en peu de mots ces 384 pages qui m’ont totalement bouleversé? Je vous invite dès maintenant à plonger dans ce roman idéal pour parler d’intimidation et du choc des cultures. Rico vous en apprendra sur la vie, et vous partagerez ses rires et ses peines. Il s’agit d’un roman qui peut heurter certaines personnes, mais dont les thématiques doivent faire l’objet de discussions. Comme trame de fond : New York, joints, Wisconsin, bières, rencontres mémorables, un autre joint ici (je n’exagère rien, vous verrez!) et une myriade de réflexions sociales et existentielles. Et n’oubliez pas, ne touchez jamais à la drogue, sérieux!

Si vous avez adoré ce livre, et je vous comprends, je vous conseille le roman spectaculaire The Brief Wondrous Life of Oscar Wao, de Junot Diaz. Bien sûr, n’hésitez pas à plonger dans l’univers d’Oscar Hijuelos en découvrant tous ses autres titres!

Le racisme est bien l’infirmité la plus répugnante parmi les diverses laideurs de l’humanité. -Claire Martin-

Roman pour jeunes adultes

Éditions Bayard jeunesse

Cet article a 0 Commentaire

Laissez une réponse