J’ai joué avec les loups

Je viens de vivre un moment plutôt intense de lecture en prenant connaissance de l’histoire vraie de Marcos qui, de 1953 à 1965, a survécu seul dans les montagnes de la Sierra Morena, au sud de l’Espagne. Eh oui! Voici un autre récit fort recommandé par votre cher Nicholas !

Un jour, à la tombée de la nuit, un homme que je n’avais jamais vu s’est présenté chez nous. J’avais six ans. L’étranger a donné des sous à mon père, m’a pris dans ses bras et m’a hissé sur son cheval. On est partis. Mon père m’avait vendu comme on vend une chèvre.

loup

Cinq petites phrases et vous êtes déjà accrochés, n’est-ce pas? Marcos vit dans la pauvreté avec son père et une belle-mère qui le bat comme plâtre, pour un oui ou pour un non (une vraie folle celle-là!). Une fois vendu à un homme à la mine renfrognée et surtout à la bouche édentée, Marcos va vivre dans les montagnes, dans une grotte plus exactement, avec un certain Damien, chevrier au regard voilé et pas très aimable en général. À deux, jour après jour, ils gardent les chèvres de l’homme qui les a amenés à cet endroit. L’environnement s’avère des plus hostiles et il n’y a aucune chance de s’échapper. Pour aller où de toute manière?

Un soir, Damien l’abandonne. Il ne reviendra jamais à la grotte (ce n’est pas brillant, car il avait même promis un lapin à Marcos pour le repas du soir!).

Le temps passe et Marcos, qui a désormais les cheveux presque à la taille, survit par sa grande débrouillardise… mais surtout grâce à la compagnie des animaux. En effet, il apprivoise un renard (tiens, ça me rappelle un autre récit!), se lie d’amitié avec une couleuvre… on dirait c’est plus facile de se familiariser avec les animaux qu’avec les humains!

La caverne devient son refuge. Marcos s’y sent comme un loup dans sa tanière. D’ailleurs, il met peu de temps avant de rencontrer la meute de loups : « … je savais que je pouvais faire confiance aux loups. Ils étaient mes amis. Des amis fidèles. Les loups, le renard, le serpent, les souris dans la besace… étaient mes seuls amis. Si je me trouvais en danger et avais besoin d’eux pour me sortir du pétrin, je les appelais en hurlant de toutes mes forces. Et ils accouraient aussitôt. Toujours en bande, jamais seuls. » Les loups laissent les chèvres tranquilles et notre jeune sauvage se sent heureux dans cette vallée.

Le temps passe toujours et Marcos ne se souvient plus très bien de… et bien de tout, même qui était son père, cet homme qui l’a vendu. Il apprend le langage des animaux pour, petit à petit, délaisser celui des humais. Bien entendu je ne vous dis pas tout, seulement que la vie de Marcos va changer du tout au tout lorsque, un beau jour, il est repéré par un garde-chasse…

Cette histoire, celle de Marcos, m’a beaucoup émue, mais aussi m’a décroché quelques sourires alors que je me retrouvais avec le jeune homme et ses compagnons animaliers dans la montagne. Surtout, et c’est le plus précieux, je crois, Marcos m’a donné une sage leçon : « Ce sont les loups qui m’ont appris ce que résister veut dire, et qu’il vaut mieux mourir que vivre à genoux. Aujourd’hui encore, après toutes ces années, j’ai l’impression de sentir leur odeur de fauve, puissante et tenace, sur ma peau. » Comme quoi on ne naît pas loup, mais on peut le devenir!

J’ai joué avec les loups, Gabriel Janer Manila, Éditions Bayard jeunesse

Roman pour lecteurs intermédiaires et adolescents

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