La fille en rouge

Notre enfance a été bercée par des contes fourmillant de princesses éplorées, de fées bienveillantes et de princes au cœur pur. Portés par la certitude que notre histoire finirait bien, nous nous sommes engagés, confiants, sur le chemin qui est le nôtre. C’est aussi ce qu’a fait, un matin, une fillette à la capuche rouge que nous connaissons bien.

Layout 1Or, avec l’enfance s’envole la naïveté qui la caractérise. On découvre alors, au détour du chemin, la part d’ombre du monde, avec ses méchants qui ne sont pas que loups, avec les bûcherons qui, malheureusement, n’arrivent pas toujours à temps.

Version urbaine du Petit Chaperon rouge, La fille en rouge est un album étonnant. Un jour, la jeune Sophia remplit son sac de douceurs pour sa mamie, boutonne son manteau à capuchon et s’aventure dans la forêt grise et sale qu’est la ville. D’une page à l’autre, le lecteur retrouve la fillette dans des illustrations d’un réalisme frappant. Les images, assurément troublantes, nous plongent en effet dans la grisaille d’une cité inquiétante et densément polluée. Bref, c’est bien loin du conte de fées, dans les replis les plus sombres de notre société, que nous suivons la jeune Sophia et sa manteline dont le rouge vif n’est pas sans rappeler la violence dont elle sera victime. L’absurdité criante de la présence d’une telle enfant dans un monde aussi hostile n’aurait-elle pas dû sauter aux yeux des passants? « Tout le monde la voit, c’est sûr, mais en même temps, personne ne la regarde vraiment. » Bien que la fillette se rappelle les paroles de sa maman, la tentation sera plus forte : elle s’éloignera du chemin principal. Et vous savez, tout comme moi, qu’elle s’égarera.

fille_en_rougeSi les frères Grimm avaient prévu la fin heureuse que nous connaissons tous pour la petite et sa mère-grand, Charles Perreault, lui, en avait décidé autrement, la morale de son conte étant sans appel. Qu’adviendra-t-il alors de la fille en rouge? Ses créateurs sauront vous surprendre. Après tout, les bucherons sont rares en ville et les chacals, beaucoup trop nombreux. À moins que la petite ne rencontre un chasseur bienveillant? « On peut bien faire toutes les prévisions qu’on veut, on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre. »

Une œuvre bouleversante qui plaira surtout aux grands.

La fille en rouge, Aaron Frisch, ill. Roberto Innocenti, Bayard Canada

Marie-Andrée Arsenault
Blogueuse d’un jour

Cet article a 1 Commentaire

  1. jeanne says:

    wow! comme toujours madame arsenault, ce texte est d’une beauté étonnante! J’adore le style d’écriture que vous avez et c’est toujours un réel plaisir de soit vous lire soit vous écouter en classe!! Beau travail! 🙂

    jeanne xxx

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