LE CHEMIN DE SABLE

 TITRE: Le chemin de sable

AUTEUR: Pascal Garnier

J’ai mis du temps avant de pouvoir écrire ce billet, de pouvoir mettre sur papier toutes mes émotions. Je pense qu’il ne sera pas comme les autres, car le livre dont je vais vous parler ne l’est pas. Et c’est peu dire.

On le sait, je plonge à pieds joints dans les histoires. Les livres me font tantôt rire, tantôt pleurer, mais la plupart me collent toujours quelques temps à la peau. Je pense que le roman Le chemin de sable restera à jamais gravé dans ma mémoire, dans mon coeur aussi, en quelque sorte. Adultes comme ados, préparez-vous à un voyage, un beau et long voyage qui, malheureusement, va prendre fin un jour, à la dernière page.

J’ai encore du mal à commencer…

Vincent a 16 ans. Père en prison, mère alcoolique, et petits frères bruyants. Il passe ses temps libres à fumer un petit joint à la station-service de Dunkerque avec Sélim, son meilleur pote. Ils parlent de rêves, sans vraiment y croire. Sélim, qui se nourrit de lecture, croit en un futur meilleur, mais pas Vincent, qui a d’ailleurs oublié comment lire: « Eh bien moi, je préfère vivre et qu’on ne me voit pas. »

Sélim: « Faut que tu te remettes à lire. Sinon, t’es comme un aveugle dans la vie, t’avanceras toujours à tâtons. » C’est si vrai les amis!

Après avoir volé une voiture, les deux inséparables sont en route, direction sud. Mais, un terrible accident laissera Vincent orphelin de son ami. Peu après, il se rend chez son oncle (qu’il n’a pas vu depuis 8 ans) qui vit dans un blockhaus au bord de la mer du Nord. Oncle Raymond, personnage fascinant (et le mot est faible pour le décrire!), fait de la sculpture en soudant de la ferraille retrouvée sur la plage. Art auquel sera initié Vincent, et qui lui sera bien utile, mais il ne le sait pas encore (c’est qu’il se découvre du talent, le môme!).

C’est sur cette même plage qu’il fera la rencontre d’une charmante brunette, Véronique. Les deux se lient rapidement d’amitié, mais leur rencontre sera trop brève. Qu’importe! Vincent décide alors de rendre là où sa bien-aimée demeure: Saint-Jean-de-Luz… en marchant! C’est là que l’aventure débute…

Vincent se retrouve bientôt sans le sou et il doit mendier. C’est parfait pour étudier le comportement humain: « Quand on donne, on donne, sans se préoccuper de savoir à quoi servira cette malheureuse pièce, sinon on ne fait que SE donner bonne conscience… ». Par contre, sa situation fait en sorte qu’il rencontrera monsieur Le Person et sa fille malade, Alice. Monsieur Le Person demeure dans une belle et grande maison où il invite Vincent à habiter, en tant qu’homme à tout faire. Monsieur Le Person est auteur, et des plus colorés, on dirait qu’il ne se repose jamais: « Je ne dors jamais… mais je rêve, c’est suffisant. » Lui aussi profitera des talents naissants de sculpteur de notre jeune vagabond (comme plusieurs autres d’ailleurs!). Après de belles rencontres, de beaux souvenirs et d’émotions fortes, Vincent reprendra la route.

Il a parfois l’impression d’avoir vécu plusieurs vies en quelques mois: « Pas des vies qu’on apprend à l’école, des vraies vies, des vies qu’on vit! » Il s’installera quelques temps sur une île, travaillant dans une auberge. Au fil de ses nombreuses rencontres, il n’oublie jamais Sélim. Il lui parle, parfois: « Les morts sont des gens comme les autres, moins voyant mais plus fidèles. »

De lieu en lieu, de rencontre en rencontre, Vincent trouve que ça fait bien longtemps qu’il est en route, à aimer et à quitter ceux qu’il aime… C’est qu’il en a laissé des gens entrer dans son coeur!

Bon, je ne sais comment poursuivre sans prendre quatre pages, tant il y a des rencontres sincères et profondes. Le chemin de sable, c’est Sélim, oncle Raymond, monsieur Le Person, Clémence, Alice. C’est l’île avec la vieille madame Loïc, monsieur Guéguen, Fernande, la malheureuse tentative de suicide de Jacky et Nadine. C’est Manuel de Silva aussi, qui quittera cette terre mélodieusement, Mehdi avec ses plans louches, mais rentables, Mado et sa fille, sans oublier Ashley Menvill Jr, descendant de l’auteur de Moby Dick, et enfin l’ancienne cantatrice Etchégaray et la chère Maryse. Enfin, c’est d’abord et avant tout la quête d’un jeune homme qui cherche à rejoindre Véronique, la fille qu’il aime. La retrouvera-t-il? Voudra-t-elle de lui? Qu’adviendra-t-il de notre jeune héros si elle refuse son amour?

Le chemin de sable – 497 pages (et j’en voulais encore!) de bonheur, de peine, mais avec énormément de souvenirs! Je vous le dis, c’est un véritable voyage du coeur. Suivez Vincent et vous le comprendrez lorsqu’il affirme: « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie. »

L’auteur, Pascal Garnier, est aujourd’hui décédé. J’en suis triste, car j’aurais tant voulu qu’il sache à quel point cette lecture m’a chaviré, comme plusieurs membres de mon équipe d’ailleurs! Je crois qu’il me permettrait d’utiliser une autre de ses phrases en guise de conclusion: « Bon voyage, et qu’il ne cesse jamais. »

Roman grand public

Éditions Bayard jeunesse

Cet article a 6 Commentaires

  1. Marie-Zoé says:

    Bonjour Bavard Nicholas, je serai prochainement graduée en enseignement du français au secondaire. Ton blogue me sera précieux, comme présentement. Tu m’avais fait découvrir Pascal Garnier râce à ton blogue, avec M’sieur Victor et Case départ. J’ai pu lire les ouvrages de cet homme, qui serait rester inconnu pour plusieurs sans toi. Même à l’université, nous apprenons l’historique de la littérature jeunesse, mais on ne découvre pas les grands auteurs du genre, les incontournables et tout. Tu devrais réellement penser à monter un programme de littérature pour jeunes destiné aux futurs profs – et pourquoi ne pas donner le cours toi-même!! À ce qu’une amie bibliothécaire m’a conté, tu sais partager ta passion contagieuse à toutes et à tous, laissant les gens avec le goût incontestable de lire tout ce que tu as lu. Je vais, j’en suis convaincue, déguster Le chemin de sable. Sache que mes futurs élèves bénéficieront en quelque sorte de ton blogue, puisque j’y puiserai mes choix pour ces élèves. À tous les profs: laissez un peu de côté les listes de 15 ans et profitez du vent de fraîcheur des lectures de Nicholas… pensez au bonheur de lire de vos élèves.
    Merci Nicolas 🙂

  2. Gilda says:

    Ce livre est absolument bouleversant. Les personnages sont profondément attachants. Ce roman pour ado abordent des questions difficiles comme la responsabilité, la filiation, le rapport a la drogue ou a l’argent. Rien de manichéen au contraire un superbe livre sur l’espérance et sur la puissance de la rencontre.

  3. vous avez raison.Ce livre est absolument bouleversant. Les personnages sont profondément attachants. Ce roman pour ado abordent des questions difficiles comme la responsabilité, la filiation, le rapport a la drogue ou a l’argent. Rien de manichéen au contraire un superbe livre sur l’espérance et sur la puissance de la rencontre.

  4. Merci pour cette (autre) belle découverte intrigante… ! 😉

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