Léon ou les confessions d’un orphelin ordinaire

Toute vie est-elle en soi une histoire? Il s’agit là de l’une des questions posées dans Léon ou les confessions d’un orphelin ordinaire, récit initiatique et historique dont la toile de fond est colorée par l’influence des grands hommes de lettres des Lumières : Rousseau, Voltaire, Diderot et bien d’autres encore.

Abandonné devant la chapelle de l’Hôtel-Dieu en décembre 1746, Léon n’a de souvenir de ses parents qu’une carte ornée du symbole de l’infini.  Il est rapidement confié à une famille au cœur de laquelle il devra se battre pour sa survie. À l’âge de 10 ans, il quittera leur maison à pied pour se rendre à Paris où il tentera de consacrer sa vie à l’écriture.

L’aventure de Léon est d’abord celle du pouvoir des mots. « Avant de partir, je voulais m’armer. M’armer dans ma tête. Avec des lettres et des mots » (p. 67). Au fil de celle-ci, il rencontrera divers maitres qui lui prodigueront des conseils qui sauront assurément toucher ceux qui, comme Léon, aspirent à écrire. « Tu comprends? Il faut faire chanter les mots, transformer les phrases les plus plates en une poésie douce à l’âme et à l’oreille » (p. 142).

Il est toutefois difficile de s’attacher à Léon. Ce dernier, incroyablement mature pour son âge, semble dépourvu de naïveté. « Peut-on se sentir enfant lorsqu’on n’a pas eu de parents? » (p. 254). À cela s’ajoute sa décision, à la suite de la perte d’un être cher, de ne plus jamais éprouver d’amour pour quiconque, ce qui le rend malheureusement froid. Il en est de même pour la plupart des personnages masculins du livre, notamment celui de son demi-frère, Gréville, qui rappelle étrangement le célèbre Javert des Misérables.

Heureusement, quelques personnages féminins se démarquent par leur douceur et leur candeur, comme des lumières scintillant au fond de la grande nuit dans laquelle est plongé Léon. Ces femmes, placées sur la route de l’enfant, puis du jeune homme, ne remplacent pas la mère qu’il cherche, mais elles lui redonnent confiance et le rendent ainsi plus humain.

Si le chemin de Léon vers l’aboutissement de son rêve est parsemé d’embuches et de quelques longueurs pour le lecteur, il n’en est pas moins riche en leçons de vie. « Il s’en était passé, des évènements, dans ma vie. J’étais devenu davantage qu’un survivant. J’avais vécu de grandes choses, j’avais vraiment vécu. Et j’avais appris, je continuais à apprendre, sur la vie et sur l’amour » (p. 254). Un roman à découvrir par les amoureux de la Ville Lumière et par ceux qui, tout comme Léon, chérissent le rêve d’écrire.

Léon ou les confessions d’un orphelin ordinaire, Kathleen Vereecken, Bayard jeunesse, coll. Millézime

Marie-Andrée Arsenault

Blogueuse d’un jour

Cet article a 1 Commentaire

  1. jeanne says:

    wow! quelle belle critique madame Arsenault! Vous savez bien reconnaître le but de l’histoire tout comme vous savez bien toucher les gens qui vous lisent! je vous lève mon chapeau, c’est un très beau travail! Que dis-je, comme d’habitude d’ailleurs!

    -jeanne

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