Qui es-tu papa ?

TITRE : Qui es-tu papa?

AUTEUR : Allan Stratton

Oh, boy! Nicholas m’a remis un manuscrit en me pariant que je serais chavirée… encore une fois, il a visé juste!

C’est l’histoire de la quête identitaire d’un jeune musulman qui doit jongler entre l’honneur familial et le souci d’être comme les autres. Mohammed, ou Sammy, ou encore mieux Sami (car c’est un prénom arabe quand même!) Sabiri a 16 ans. Il fréquente une académie pour garçons aux États-Unis. Il est d’ailleurs la cible choisie d’Eddy et de sa bande de petits cons bourgeois qui se croient tout permis (ouais ouais, le mot est dur, mais attendez un peu de lire! J’ai d’ailleurs connu ça, moi aussi!).

Tout ça pour dire que Sami et son père vivent une relation un peu tendue. Son père chercheur, le docteur Sabiri, invite son fils à Toronto (il doit s’y rendre pour le travail). Il y a même au menu d’assister à un match des Blue Jays et un des Maple Leafs (bon, par respect pour l’auteur je ne commenterai pas le choix de l’équipe en question, mais quand même…!). Par contre, le rêve se brise rapidement lorsque son papa lui annonce qu’il ne peut plus l’amener pour des raisons obscures.

Sami se console par une entente faite avec sa mère. Il ira au chalet d’Andy, au Canada, avec Marty (ce sont ses meilleurs amis, pour ne pas dire ses seuls copains), au Canada, à l’insu de son père qui aurait sans doute refusé. Ils seront seuls, car les parents d’ Andy suivent une thérapie de couple (où il est question d’infidélité). Une fois arrivés à destination, les trois amis se rendent à l’île de l’ermite où ils comptent dormir à la belle étoile, malgré l’écriteau indiquant qu’il s’agit d’une propriété privée. Il fait noir, Andy est parti seul dans le bois et Sami le cherche, quand soudain : « … je découvre la silhouette colossale d’un inconnu coiffé d’un casque de mineur. Je plisse les yeux. Le type braque le canon d’un fusil calibre 12 sur ma tête. » Serez-vous étonnés d’apprendre que cette aventure donne le goût aux trois intrépides de retourner au bercail?

Une fois à la maison, Sami se fait du souci à propos de son père, plus particulièrement de ce qu’il est allé faire à Toronto. Et si son père, comme celui d’Andy, trompait sa mère? Il fouille donc le bureau de ce dernier afin de découvrir ne serait-ce qu’une réponse à toutes ses questions : « Je regarde l’emploi du temps de papa pour ce soir… Le souffle me manque. Papa nous a menti. Pourquoi? »

Bon, il reste 246 pages au livre à ce stade… et attachez-vous bien, car l’action démarre pour ne plus s’arrêter : « Je rampe jusqu’à la porte-fenêtre du salon pour fermer les rideaux, quand deux hommes masqués surgissent en bondissant dans mon champ de vision. Ils flanquent des coups de pied dans les serrures. La porte s’ouvre à la volée. Ils entrent en chargeant. L’alarme se déclenche… Au pied de l’escalier, quelqu’un me saisit à bras-le-corps et me tord les bras dans le dos. Je vois maman en haut des marches. Elle hurle. Des hommes accompagnés de chiens se ruent sur elle… Un genou s’abat sur ma nuque. FBI. Plus un geste! »

Le rythme de l’histoire est vraiment intense (et je trouve même que le mot est faible!). Sami ne comprend rien quand on le questionne sur un certain Tariq Hasan ni sur le lien que son père entretient avec ce personnage qualifié d’extrêmement dangereux.

La maison est saccadée, les tapis arrachés et le docteur Sabiri est amené (je revis à fond les émotions ressenties à la lecture en écrivant ce billet, c’est fou!). Les médias arrivent en grand nombre sur leur propriété. On apprend par un bulletin télévisé que le docteur est accusé d’être le maillon américain d’une cellule terroriste internationale de Toronto, la Fraternité des Martyrs. Les experts scientifiques parlent de terrorisme biologique.

Les agressions téléphoniques commencent (et ce n’est pas du joli!). M. Bhanjee, leur avocat, leur avoue que la situation est plus compliquée qu’il ne l’aurait cru. Comble du malheur, une annonce publique arrive de Washington : « L’examen de sa correspondance électronique et de ses relevés de téléphone portable révèle que le docteur Sabiri s’apprêtait à fournir certaines substances à Tariq Hasan. Les informations concernant la nature de ces substances sont classées secret défense. Cependant, le chef de la cellule, Tariq Hasan, court toujours. Jusqu’à son arrestation, le pays sera placé en alerte orange.» Sami se demande ce que son père a bien pu faire. Il ne croit pas à sa culpabilité. M. Bhanjee ne se fait pas très rassurant et ignore quand son père pourra être libéré. La vie devient vraiment un enfer. Sami est renvoyé de l’académie et sa mère perd son emploi (comme s’ils n’en bavaient pas assez comme ça!).

Sami décide alors que ça suffit. Il doit prouver l’innocence de son père et rétablir l’honneur qu’on lui a retiré : « Comment papa s’est-il retrouvé en contact avec un terroriste? De quoi ont-ils parlé? Quels sont ces projets de Tariq que papa disait admirer? Hasan est la clé. Sans lui, papa est coincé. Mais Hasan se cache. Il pourrait être n’importe où. Non, attends! Je sais comment le piéger. » Ça sent la merdouille les amis! Avec l’aide de ses deux meilleurs amis, Sami se rend au Canada, trouver Hasan et faire éclater la vérité au grand jour. Mais il ne sait pas ce qu’il va découvrir… je veux tellement vendre la mèche, mais je ne vous ferais jamais ça! Disons simplement qu’il rencontrera Tariq Hasan, que ce dernier n’est pas qui Sami croyait être, mais qu’il l’aidera à faire la lumière sur un secret familial très bien gardé.

 Ouf! Ce roman dur et poétique à la fois nous permet de comprendre comment une société (bien qu’elle se dise ouverte d’esprit) met peu de temps à étiqueter de criminels des gens moindrement différents… remarquez bien que l’interprétation de la situation par des médias assoiffés de scoops n’aide en rien! Je vous invite à lire de ce pas le merveilleux roman d’Allan Stratton. Vous ne pourrez y être indifférents! Et surtout, n’oubliez pas cette brillante citation de Boris Cyrulnik : « Le trésor de la vie et de l’humanité est la diversité. » C’est si vrai les amis!

-Jade Wagner-

Roman pour adolescents

Éditions Bayard Canada

Cet article a 3 Commentaires

  1. Gilda Routy says:

    Comme tous les textes de Stratton, ce roman aborde des thèmes très difficiles comme le racisme, l’intégration des imigrés et surtout la tyranie de la sécurité.
    Avec Sami, le héros de ce livre nous traversons toute la gamme des émotions. Sami est parfois exaspéré par l’attitude de ses parents, et leur volonté de vouloir lui rappeler sans cesse ses origines, mais face à l’adversité, et l’horreur de la situation qu’il vit, il n’hésitera pas à défendre sa famille.

  2. bavardnicholas says:

    Très chère Jade,
    Merci pour le texte! 🙂 Par contre, tu as oublié de mentionner que c’est le même auteur qui nous a remis les poignants ouvrages “Le secret de Chanda” (le film, réalisé par Olivier Schmitz, a été retenu au Festival de Cannes… quand même!) et “Les guerres de Chanda”.
    Surtout, n’oublions pas cette brillante citation de Boris Cyrulnik qui prend tout son sens après la lecture du roman: “Le trésor de la vie et de l’humanité est la diversité.” C’est si vrai les amis! 🙂

  3. […] *Qui es-tu papa?, Allan Stratton (roman dur et poétique à la fois nous permettant de comprendre comment une société met peu de temps à étiqueter de criminels les gens moindrement différents)  http://lecturesdenicholas.com/2012/04/20/qui-es-tu-papa/ […]

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